Renaissance d'un manoir du XVIème siècle

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Chapelle - ar chapel

De la même famille que caput, capitis, la tête, le latin cappa désigne à l’origine un capuchon, un manteau à capuche. En latin populaire, son diminutif capella est utilisé pour manteau, en particulier le grand manteau utilisé par les voyageurs, commerçants, moines ou soldats pour se protéger du froid et des intempéries. C’est ce terme capella que le latin médiéval utilise dans un texte de 679 pour parler du vêtement que Saint Martin, soldat romain et futur évêque (316-397), trancha d’un coup de glaive pour en donner la moitié à un pauvre nécessiteux. Pour en abriter la relique, possédée et conservée par les rois francs, Charlemagne édifia dans son palais, une église [1] qui ne tarda pas à être appelée par le nom de son célèbre et vénéré contenu : die Kapelle, la capelle, la chapelle [2].. Et la capitale de Charlemagne devint, pour la distinguer d’autres villes du même nom, Aix-la-Chapelle.
Rapidement, le sens de chapelle s’est étendu à toutes les constructions abritant des reliques, puis à toute église ne possédant pas tous les droits et obligations d’une église paroissiale (cimetière, fonds baptismaux, tenues de registres...). L’église d’une abbaye, abbatiale n’est pas non plus, en général, appelée chapelle.
Les petites pièces équipées d’un autel construites en alvéoles autour de la nef et du chœur d’une église sont aussi des chapelles.
Les établissements gérés par des religieux (couvent, monastère, écoles, hôpitaux) ont naturellement leur chapelle. Très vite, la noblesse a tenu à avoir sa chapelle privée dans l’enceinte de ses châteaux.

Dans les campagnes, les raisons de l’édification d’une chapelle sont multiples et variées.


Ainsi les villages importants, un peu éloigné du bourg paroissial ont souvent leur chapelle. La chapelle de Locmaria à Quistinic en est un exemple. Si le village est particulièrement important ou particulièrement éloigné, il peut devenir une trêve de la paroisse. La chapelle a alors une partie des droits de l’église paroissiale (chapelle tréviale).


* Une chapelle peut être construite pour garder et perpétuer le culte d’un saint plus ou moins local dont la tradition a gardé le souvenir. Saint Gildas, [3] moine breton du VIème siècle, est né en Bretagne insulaire. Dans ses pérégrinations, il voyage entre Bretagne armoricaine, Irlande et pays de Galles. Il aurait fondé l’Abbaye de Saint Gildas de Rhuys. Son culte est très populaire en Bretagne, surtout dans le vannetais comme en témoigne les nombreux Loqueltas. Tout au bord du Blavet, en Bieuzy, l’Ermitage Saint Gildas (Penity Sant Gueltas) est de tradition un lieu où Gildas est censé avoir vécu quelques temps en ermite.
Chapelle de l’ermitage de Saint Gildas

* Un vœu peut être à l’origine de la construction d’une chapelle : Ce seigneur à la chasse dans un fond de vallon sauvage au Faouët est surpris par un orage si violent et si terrible qu’il pense ne pouvoir en réchapper qu’en promettant la construction en l’endroit d’une chapelle dédiée à Sainte Barbe invoquée traditionnellement pour se protéger de la foudre. Elle fait un miracle, il a tenu parole...


* Une chapelle peut aussi christianiser un lieu de culte plus ancien, des rites païens, des fontaines dont les eaux ont des propriétés étranges... Sur la paroisse de Guénin, on trouve le Mané Guen, mot à mot Mont Blanc, mais ici, pas de neiges éternelles, le blanc est la couleur de la pureté, de la lumière, du sacré. Ce nom de Manéguen qu’il vaut mieux traduire par Mont Sacré est très fréquent comme nom de colline avec parfois à proximité de grosses pierres, mégalithiques ou non, où la tradition populaire voit, parfois à juste titre, les traces de cultes anciens... Au sommet des Manéguen, une chapelle est souvent édifiée avec dédicace à Saint Michel, l’ange qui mit en déroute les légions de Satan, Saint Michel qui terrassa le dragon, symbole des religions anciennes, Saint Michel l’Archange de lumière.
Sur la photo à droite, la chapelle Saint Michel au sommet du Manéguen de Guénin

Depuis le haut Moyen-âge, nos ancêtres, qu’ils soient gens du peuple, bourgeois ou seigneurs, ont eu le souci du rachat de leurs péchés et du salut de leur âme, ce à quoi peut servir la construction d’une chapelle, minuscule ou immense, chacun suivant ses moyens. Les grands seigneurs qui ont construit Quelven, Saint-Nicodème et autres, pensaient sûrement à leur salut et devaient le faire à la hauteur de leur rang, mais le désir de montrer sa richesse et sa puissance n’est sans doute pas étranger à la taille de la réalisation. S’il y eut péché d’orgueil, il sera pardonné car la beauté et la majesté de ces chapelles sont telles qu’elles ne peuvent laisser personne insensible, croyant ou incroyant.

De même qu’il n’est pas possible d’évoquer toutes les raisons amenant à la construction d’une chapelle, il ne saurait être question de donner ici tous les sens imagés ou dérivés du mot chapelle. On en retiendra seulement deux :

* L’ensemble des objets nécessaires au prêtre pour dire sa messe et la mallette qui les contient quand il voyage sont également dits chapelles.

* Pour les expressions imagées, on a retenue une expression rendue désuète entre autres par le confort moderne et Mary Quant : Pour une femme, faire chapelle c’est trousser jupe et cotillons devant la cheminée pour profiter de la chaleur bienfaisante d’un bon feu...

Le breton a emprunté au français le mot chapelle (bien avant le XVIième siècle) : ar chapel, la chapelle, chapeliou Breizh, les chapelles de Bretagne. Serret e oa dor ar chapelig, la porte de la petite chapelle était fermée. Dans la langue populaire bretonne, ober tro ar chapeliou, faire le tour des chapelles c’est faire le tour des bistrots...

En Bretagne, les chapelles sont innombrables. La plus ancienne qui nous soit conservée est la chapelle Saint-Etienne en Guer (IXème siècle). Peu de chapelles romanes dans notre région, en ruines ou démodées, elles ont été détruites ou très remaniées pour les reconstruire plus belles, plus grandes. La chapelle du XVIème siècle, avec son calvaire et sa fontaine est un élément essentiel de l’image d’Épinal du village breton.
Au sein d’un village ou au milieu des bois, au fond d’un vallon ou sur un sommet, minuscule ou quasi cathédrale, simple ou flamboyante, chacun trouvera, selon son cœur la chapelle bretonne qui lui convient.
Mais sans doute ne faut-il pas prendre au pied de la lettre l’adage :

« dix bretons, onze chapelles… »

Chapelle à Cléguérec

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Notes

[1Église consacrée en 805 par le pape Léon III.

[2Le Robert dictionnaire historique de la langue française – sous la direction d’Alain Rey

[3Gildas ; Gweltaz, Gweltas, Sant Weltas : moine breton( 493 – 570), né sans doute dans la partie brittonique du sud de l’Écosse, a vécu une partie de sa vie au Pays de Galles avant de passer en Bretagne continentale. Gildas a écrit le « De excidio et conquestu Britanniae » De la décadence et de la plainte de la Bretagne. Dans ce texte, l’un des premier sur la Bretagne qui nous soit parvenu, il fustige princes et clergé bretons de son époque, ce qui lui a valu le surnom de Jérémie des Bretons.

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