Renaissance d'un manoir du XVIème siècle

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Chapellenie

dérivé du français chapelle ou peut-être du latin capelanus, chapelain.

Une chapellenie est une fondation religieuse créée par un clerc ou un laïc dans le but de faire dire des messes, le plus souvent pour l’âme des défunts, mais aussi parfois pour le fondateur lui-même et sa famille, et ce, de son vivant. La fondation est réalisée par le fondateur en personne, ou s’il s’agit d’une fondation testamentaire, par ses héritiers.

Le rachat des péchés et la résurrection sont des éléments essentiels de la religion chrétienne. Après la mort, l’âme du défunt ira, suivant sa vie, soit en Enfer, lieu épouvantable de damnation éternelle, soit en Paradis, lieu éternel de félicité avec Dieu et tous les Saints. Le Purgatoire est un lieu temporaire, où les âmes qui ne méritent pas l’Enfer mais ne peuvent entrer directement en Paradis passent quelques temps de souffrance pour la rémission de leurs fautes. Très tôt, s’est imposée l’idée que les prières des vivants pouvaient permettre d’alléger les peines de ces trépassés. [1]
Saint Augustin (IV-Ve siècle) [2] a composé une prière pour sa défunte mère Sainte Monique :
"Quoique j’aie donc sujet de me réjouir en vous, et de vous rendre grâces de tout ce que ma mère a fait de bien durant sa vie, ô Dieu [...]je le laisse à part, quant à présent, pour vous demander le pardon de ses péchés."
A partir du VIIIe siècle, la croyance en un purgatoire, pas toujours bien défini, ni localisé, devient de plus en plus commune même pour les théologiens. A partir du XIIe siècle, l’idée et le nom Purgatoire ont une très grande diffusion dans le monde chrétien occidental mais l’Église n’officialisera la notion que dans la deuxième partie du XIIIe siècle (2ème Concile de Lyon 1274)
C’est justement à la fin de ce XIIe siècle, qu’apparaissent les premières Chapellenies et le succès de ces fondations ne se démentira pas au cours des siècles suivants jusqu’au moins la fin du XVIIIe siècle.
La prière peut s’adresser directement à Dieu, mais aussi passer par l’intercession de la Vierge Marie ou d’un Saint en particulier. On peut bien sûr dire ces prières soi-même, mais aussi les faire dire par d’autres. Une forme très particulière de cette prière est de faire dire des messes, ce qui suppose un prêtre. Dans la fondation et le fonctionnement des Chapellenies, des règles sont mises en place pour éviter abus et débordements et conserver à l’institution la dignité nécessaire à un établissement religieux. [3]
La première condition pour la fondation d’une chapellenie est d’avoir l’aval de l’Évêque du diocèse (quelquefois du Pape).
Le fondateur (ou ses héritiers immédiats) dans l’acte de fondation, précise la dédicace c’est à dire, à qui seront adressées les prières et les messes dites : Sainte Trinité, Esprit‑Saint, Christ, Vierge Marie, Saint Paul, Saint Martin, Saint Jacques Saint Michel et cet. Le nom de la chapellenie sera souvent lié à cette dédicace (exemple : Chapellenie de la Très‑Sainte‑Trinité).

Le fondateur donne aussi les intentions auxquelles les messes seront dites : à son intention, pour sa famille, pour ses descendants, pour les défunts de sa famille... Il précise aussi le nombre de messes à dire, leur type, la fréquence de ces messes, les périodes et les lieux où elles seront dites, parfois avec des vêpres, des sonneries de cloche...

Pour la chapellenie, le terme patron désigne le fondateur ou après lui, les héritiers de la dite chapellenie

Le prêtre chargé de dire les messe de la chapellenie est désigné par le terme de chapelain, forme française du correspondant latin capellanus. Le chapelain est proposé par le fondateur ou ses héritiers, mais sa nomination est faite par l’évêque du diocèse qui, confirmant sa mission donne son accord par écrit : le viza (ou visa). Le chapelain s’engage donc à dire messes et prières telles que décrites par l’acte de fondation. En contre-partie, le chapelain est rémunéré selon ce qui est fixé dans cet acte. Il reçoit souvent la propriété d’une maison (à charge pour lui de l’entretenir, voire de la restaurer) et d’un jardin. Il touche annuellement des rentes diverses sur certaines possessions du patron de la chapellenie. Ces rentes peuvent être monétaires en partie ou en totalité, mais le plus souvent comportent des éléments en nature, froment, avoine, chapons, poules etc.
En principe, une charge de chapellenie est un bénéfice à vie, le chapelain est titulaire de sa charge. Ce bénéfice est inaliénable, ainsi que les propriétés, maisons, terres attribuées dans le cadre de cette charge. Le chapelain ne peut se faire remplacer et il est astreint à habiter dans la maison qui lui est fournie ou au moins dans la paroisse de sa chapelle.

Pour prévenir ou limiter un certain nombre d’abus, d’autres règles sont souvent mises en place. En principe, on ne peut être titulaire de plusieurs chapellenies. Très vite, vue la modicité des revenus de certaines chapellenies, des dérogations sont accordées, parfois par le Pape lui-même.
De même, on ne peut, en principe, cumuler les charges de prêtre de paroisse, de chanoine de cathédrale, de moine régulier... Dans les faits, le chapelain est souvent curé de la paroisse ou desservant d’une chapelle paroissiale. Par manque de prêtres candidats, parfois, mais surtout à cause des faibles revenus du clergé paroissial rural.
La chapellenie est une fondation sans charge d’âmes : l’expression signifie que dans le cadre de sa fonction, le chapelain ne peut célébrer des mariages ou des enterrements, procéder à des baptêmes, ni entendre quelqu’un en confession sauf cas d’extrême urgence. [4]
Ces cérémonies sont du ressort du recteur et du clergé paroissial à qui elles fournissent des émoluments.

Les notions et les règles des chapellenies ont variée au cours du temps. Il est probable que l’on puisse observer aussi des différences suivant les régions. En exemple nous étudierons la chapellenie de la Sainte Trinité fondée au XVIe siècle par un seigneur de la Villeneuve à Quistinic...


Notes

[1Le Goff Jacques. La naissance du Purgatoire (XII-XIII siècle). In : Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l’enseignement supérieur public. 6e congrès, Strasbourg, 1975. La mort au Moyen Âge. pp. 7-10.
url : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/shmes_1261-9078_1977_act_6_1_1203

[2Saint Augustin, évêque d’Hippone : sa vie et extraits de ses écrits... (2e édition) -J. Lefort (Lille)-1871
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6370666p

[4droit paroissial (jus parochiale). Par cette expression, il faut entendre l’obligation faite aux paroissiens de recevoir les sacrements et autres actes religieux du seul prêtre de leur église, à l’exclusion de tout autre, et de verser à ce dernier les redevances dues en la circonstance (jura parrochialia).
Avril Joseph. En marge du clergé paroissial : les chapelains de chapellenies (fin XIIe-XIII siècles). In : Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l’enseignement supérieur public. 22e congrès, Amiens, 1991. pp. 121-133.

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