Renaissance d'un manoir du XVIème siècle

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Exemple d’un texte imprimé du XVIe siècle

La lecture d’un texte imprimé est en général beaucoup plus facile que celle d’un texte manuscrit. L‘impression élimine en effet tout l’aspect hautement personnel de l’écriture manuelle mais d’un autre côté, le texte imprimé présentera les caractéristiques de la langue de son époque. On peut donc y étudier les formes des lettres, les graphies des mots, les abréviations, la syntaxe de la phrase, la ponctuation, l’évolution du sens des mots…

A titre d’exemple, les documents suivants sont extraits d’un texte imprimé de 1560 trouvé sur Gallica :
L’Olimpe de Jaques Grévin [1] , ensemble les autres œuvres poétiques dudit auteur.... 1560 M. D.LX. [2]

On aperçoit par transparence ou par passage de l’encre à travers le papier, le texte du verso de la feuille. Le temps qui passe a également laissé ses traces. La redoutable efficacité du scanner accentue encore le phénomène…
Ce que notera le lecteur moderne :

l’usage du tilde sur les voyelles pour noter leur nasalisation.
L. 4 - pareillemẽt = pareillement ;
L. 6 – Les anciẽs Romains = Les anciens Romains ;
L. 6 - l’ayãt = l’ayant ;
L. 17 qu’elle n’ẽ peut estre effacée = Qu’elle n’en peut estre effacée ;

La ligature &, pour et, conjonction de coordination, est d’usage plus usuel que maintenant (cf. lignes 8, 10, 15, 21).

Les formes du S : Le S majuscule présent dans le titre, EPISTRE, est semblable au S actuel.
Dans ce texte, on peut noter deux formes très différentes du s minuscule :
La plus proche de notre graphie actuelle se trouve en fin de mot : recours (L2), des poëtes (L6), temps (L7), victorieuses armes (L10), …
la deuxième forme du s, le s long,comme dans histoire (L1) ne diffère du f minuscule que par l’absence de la petite barre horizontale le traversant en son milieu, différence si minime qu’elle n’est pas toujours visible. Comparer estre effacée (L17) et iusques (jusques) (L18), histoire…. On trouve cette forme longue du s à l’initiale du mot (second L5) ou à l’intérieur du mot (histoire (L1), plaisir (L2) : Dans le cas de doublement du s à l’intérieur du mot, on peut trouver soit deux s longs, soit un s long suivi d’un s de première forme, dans ce cas la graphie obtenue est très proche du double s à l’allemande. Il n’y a pas d’exemple dans l’extrait ci-dessus…

suite de l’extrait (vue 11)
On voit que la graphie u minuscule recouvre soit un u, soit un v. elle est toujours à l’intérieur d’un mot.
- L3 cultiuee = cultivée ;
- L5) auanture = aventure ;
- L20 faorisé = favorisé...

La forme v minuscule, toujours placée à l’initiale du mot vaut soit v, soit u :
- veulent = veulent
- vn = un
- l’viniuers = l’univers (pas dans ces extraits)

Le V majuscule à l’initiale ou à l’intérieur du mot vaut soit v, soit u :
- la Ville = la Ville (désigne Rome) (extrait précédent)
- LOVIS = LOUIS (n’est pas dans ce texte)

Le j initial n’est pas utilisé, mais un i :
- i’ay deduict = j’ai déduit.
- que ie vueille dire = que je veuille dire.
- iusques en l’an 517 : jusques en l’an 517.
- iour : jour
On trouverait aussi de la même façon : iesus, iean, ioseph et cet. Quant à Saint Jérôme, St Hierosme, St Hierome, le Hi initial est la trace de son origine grecque, transcription latine de la lettre grecque iota (i). [3]

En finale, le y a valeur de i :
- i’ay = j’ai
- deuoy = devoi(s)
- luy = lui
- Roy = Roi

Entre deux voyelles, le y peut souvent correspondre à ii, en prononciation, une syllabe finissant par i, la suivante commençant par i :
- auoyet = avoi + iet = avoit.
- estimoyent = estimoi + ient, estimoient.
- employer = emploi + ier, employer.

Le z final est comme aujourd’hui est la marque de conjugaison de la 2ème personne du pluriel. (Si prenez quelques plaisir). C’est aussi la marque de l’accord au pluriel de certains participes passés (aucuns[…].n’étant fauorisez)

La lecture de ces textes imprimés permet aussi de s’imprégner des structures de phrases, de découvrir des mots dont le sens a évolué, n’est pas celui d’aujourd’hui, des mots oubliés, disparus..
Ainsi quand Jacques Grévin écrit "i’ai déduict" (j’ai déduit), il n’est pas question d’un raisonnement ou d’une soustraction mais, selon le Littré, "j’ai énuméré, j’ai exposé en détail". De même " les Romains....., se ressentants de..." serait exprimé aujourd’hui par " les Romains....., se souvenant de..."

Des lettres qui ne se prononcent plus ou qui ne se prononceront plus vont disparaitre, leur influence sur la voyelle précédente sera alors marqué par un accent : "estre" = être, "estude" = étude. Des mots conservent encore dans leur graphie les traces étymologiques de leur lointaine origine latine... "cognoissance" = connaissance (cf latin cognosco, j’apprends j’étudie...)

Le déchiffrage des écritures manuscrites pose bien d’autres problèmes mais l’envie de pouvoir lire ces textes anciens est un puissant moteur d’apprentissage. Quant à ceux d’avant Gutenberg, ceux par exemple écrits dans les scriptoriums des abbayes, ils sont si réguliers, si beaux que même en latin on a vite envie d’apprendre à les lire, "estre fauorisez de la cognoissance..."
Mais ceci est une autre histoire..

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Notes

[1Grévin, Jacques (1538-1570).

[3Ce Jérôme, souvent représenté dans une grotte du désert avec un lion, est connu pour être au IVème siècle, le traducteur de la Bible en latin.

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Directeur de publication : Marie Françoise P